Post Tenebras Lux

Une stratégie désormais connue de l’alt-droite pour discréditer ses ennemis consiste à se retourner contre ceux qui la critiquent. On a vu, quatre années durant, ce phénomène se développer au Etats-Unis, pour atteindre son paroxysme après les événements du 6 janvier 2021.

Une tendance semblable apparaît depuis quelques temps à Genève.

Tout d'abord dans les dépôts d’un journaliste local à propos de l’affaire du Margoulin. Depuis l’éviction de ce dernier de ses responsabilités managériales, et également depuis la sortie de l’accablant rapport Fonjallaz, ledit journaliste tire à feu nourri sur le Conseil d’État et sa Présidente. Ainsi le lit-on dégoiser sur le «triste Sextuor» et ses «acariâtres vibrations». Ne nous y trompons pas. Tout cela constitue une manœuvre de diversion visant à pousser les lecteurs à ne pas regarder les fautes commises par le futur ex-Conseiller d’État.

Il y en a même un autre, blogueur, qui va jusqu’à affirmer, sans honte ni gêne:

«Je déplore que la Juge dans ses considérations ait relevé que le prévenu a menti (sur son voyage à Abu Dhabi). Cela ne peut être considéré comme un délit. En effet, victime de son acte, il a cherché à se disculper, et cela sans avoir porté préjudice à l’État de Genève. Sa condamnation ne porte que sur un seul point : l'acceptation d'un gros avantage sous forme d'invitation du prince héritier de l’Émirat à venir assister tous frais payé à un grand prix de formule 1, et il n'a pu être prouvé que cette invitation servait à octroyer un avantage à l’inviteur» (c’est moi qui souligne). On appréciera le retournement de l’argument visant à affirmer que l’inviteur n’a pas obtenu davantage alors que le délit se situe précisément à l’inverse puisque c’est l’invité – le Margoulin, en l’occurrence - qui en a obtenu un et en a été reconnu coupable. Il n'est en aucun cas «victime de son acte».

Qui a fauté ? Le «triste Sextuor» ou le Margoulin? Il me paraît que c’est bien ce dernier qui a menti, qui a bénéficié d’un avantage et qui a démontré une totale incurie dans sa conduite et son management (je ne parle même pas de l’affaire de la donation fiscalement déduite). Il a fait preuve d’une incroyable obstination à s’enfermer dans ses mensonges, ses dénégations et son mépris des cadres et collaborateurs ayant travaillé pour lui. Et c’est cet homme qui vient donner des leçons à la population genevoise.

Non, décidément, il y a quelque chose de pourri dans la République. L’accusé devient le procureur, le journaliste tente de dévier l’attention des populations de l’essentiel et le blogueur interprète le jugement d’un tribunal à sa propre manière… Sans compter ceux qui affirment qu'il faut impérativement élire le Margoulin pour que la droite ne perde pas sa majorité au Conseil d'État... Les faits disparaissent totalement de ces tableaux, pour ne laisser la place qu’aux contre-vérités, aux manipulations et aux fantasmes.

Mais, comme le dit la devise du canton, «Post Tenebras Lux». Espérons qu'un retour de la lumière se manifeste dès le 28 mars prochain.

Commentaires

  • Il me semble que la Justice genevoise a oublié une affaire de favoritisme concernant un service à l'Aéroport de Cointrin... et qui était le favori sinon une entreprise qatarie.

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